SOMMAIRE
Dans les coulisses de ForceMajeure; avec cet article, vous en apprendrez un peu plus sur mon parcours, l’évolution de la création musicale du vingtième siècle à nos jours, mes sources d’inspirations…
Il y a de cela quelques mois, une amie me demande comment est-ce que j’enregistre mes compositions. La question reste en suspend quelques temps, puis un soir je lui explique brièvement. Et si finalement, vous étiez également intéressé (e) à connaitre un peu mieux ce qu’il se passe dans les coulisses de ForceMajeure ?
D’abord, je vais parcourir sommairement l’évolution technologique de la création musicale, puis mon propre parcours, et alors vous saurez comment je suis passé, en une petite cinquantaine d’années, de ça:

à ça:

puis à ça:

Une histoire de la composition musicale des années 70 à aujourd’hui:
Avant l’apparition de la musique de synthèse, pour jouer de la musique, il fallait…des instruments de musique 🙂
Pianos, guitares, batteries, violons. L’électricité n’est utilisée que pour amplifier les instruments, mais les sons restent cantonnés aux spécifications des instruments (les instruments à vents, les cordes, les percussions).
Les synthétiseurs:
Pourtant, des ingénieurs travaillent déjà en 1952 à la création de machines utilisant des circuits électroniques afin de générer des sons jusqu’alors inconnus… Et il faudra attendre 1974 pour que Robert Moog commercialise le premier synthétiseur analogique monophonique MiniMoog.
Mais alors, la création des sons reste analogique: Il s’agit de synthétiseurs basés uniquement sur des composants électroniques « analogiques » (des transistors, des diodes, des condensateurs, des résistances…).
Avec l’apparition, dans les années 80, des micro processeurs, des puces mémoires et de la micro informatique, les synthétiseurs deviennent numériques, ce qui permet d’obtenir des sons plus riches avec moins de manipulation.
Cependant, les sons obtenus sont certes nouveaux, facilement utilisables, mais ils manquent parfois trop de réalisme, et leur utilisation est liée à un certain style de musiques: new wave, techno etc…
Les échantillonneurs:
En parallèle des recherches et développement autour des synthétiseurs, des entreprises explorent une autre voie.
Et si, au lieu d’utiliser des micro processeurs pour modéliser des sons « ex nihilo », on enregistrait tous les sons possibles, pour les transformer en sonorités pouvant être jouées sur un clavier ?
En 1982, une petite entreprise australienne commercialise le Fairlight CMI.
Ici une vidéo d’une vingtaine de minutes à propos de l’histoire de Fairlight (en Anglais).
Vous y reconnaîtrez les sons uniques qui ont fait une partie du succès de Peter Gabriel, Kate Bush, Art of Noise, Tears For Fears dans les années 80. Ce qui est fabuleux, c’est que l’entreprise fabriquait elle-même TOUS les composants de cet instrument exceptionnel: les micro processeurs, le clavier, les programmes…tout ! En conséquence de quoi, le prix (équivalent à 280’000 € aujourd’hui) a réservé l’usage de cet appareil aux plus grands studios d’enregistrement…
Les boites à rythme:
Comme des synthétiseurs (donc, soit analogique, soit numérique) spécialisées dans la production de percussions. Il s’agit de petits séquenceurs qui produisent des boucles de rythmes programmables. Certaines sont restées très célèbres de part leur usage très répandu dans la House ou la Techno (Roland TR808 et TR909).
Les séquenceurs:
A la manière d’un enregistreur à bande, les séquenceurs sont capables d’enregistrer et exécuter une séquence de commandes (par exemple une partition) permettant de piloter des instruments de musique électronique. Puisque nous n’avons que deux mains, il faut bien enregistrer la basse, puis la guitare, les violons, les rythmes…tout cela l’un après l’autre, comme avec un magnétophone multipiste. Un séquenceur ne produit aucun son par lui-même, mais sert à automatiser l’exécution d’une séquence musicale.
La norme MIDI pour faire communiquer ces nouveaux instruments:
À la démocratisation des synthétiseurs numériques, boites à rythmes, échantillonneurs, l’interopérabilité devient un enjeu important, notamment dans l’idée de pouvoir commander plusieurs synthétiseurs à partir d’un même clavier. Le protocole MIDI permet à un contrôleur maître de commander plusieurs instruments, qui doivent alors être branchés en réseau. Il existe pour cela des appareils d’interconnexion intermédiaires permettant des formes de réseaux variées.
Et donc, avec ces divers éléments, voici une photo de mon studio de production musicale au début des années 2000:
Beaucoup de claviers, une énorme table de mixage, des boites à rythmes et un échantillonneur…mais… il y a déjà un écran d’ordinateur…
La musique assistée par ordinateur (MAO):
Car oui, certaines entreprises se sont fait la réflexion que plutôt que d’avoir des instruments et des appareils à foison, il est possible d’utiliser une application sur un ordinateur pour à la fois: piloter les messages MIDI, produire des sonorités, voir même échantillonner tous les sons imaginables…
Alors au début, la MAO sert surtout à composer et arranger la partie instrumentale d’une chanson. L’étape suivante est l’édition de la chanson, c’est-à-dire l’ajout d’effets, de nuances et de modulations, comme le ferait un ingénieur du son en studio d’enregistrement. Et finalement, la MAO permet le mixage et le mastering.
La puissance des ordinateur étant exponentielle, les possibilités offertes par les applications de musique assistée par ordinateur ont été rapidement décuplées: il y a 15 ans, les machines n’enregistrait que des signaux MIDI, puis ont évolué en intégrant des petits morceaux d’échantillons dans les différentes pistes, pour finalement couvrir TOUTES les fonctions d’un home studio.
C’est ainsi qu’aujourd’hui, des applications telles qu’Ableton, contiennent, d’origine:
– des séquenceurs
– des échantillonneurs
– des boites à rythmes
– des effets
Mais la pléthore de modules ne s’arrête pas en si bon chemin: il y a AUTANT de séquenceurs, échantillonneurs, boites à rythmes que vous le voulez, et autant de pistes que vous le souhaitez et un nombre illimité de modélisations (c’est à dire: les synthés analogiques et numériques sont présents…toutes les formes de synthèse également)…. Il y a même des modules entièrement basés sur une technologie de modélisation physique et qui n’utilisent ni échantillonnage ni tables d’ondes. À la place, ils produisent le son en résolvant les équations mathématiques qui modélisent les différents composants des instruments (cordes, piano..) et la façon dont ils interagissent. Ce moteur de synthèse élaboré répond dynamiquement aux signaux de contrôle qu’il reçoit quand on joue, reproduisant par conséquent la richesse et la réactivité de véritables instruments
Et maintenant mon histoire en lien avec la production musicale:
Tout à commencé très jeune (8-9 ans), lorsque ma Maman m’éveille, avec des professeurs de musique, à la découverte du piano. Des heures à jouer et rejouer et jouer encore, tous les jours, les partitions du Czerny et Hanon. Après un passage ultra rapide sous la houlette d’un abbé (qui, finalement, ressemblait beaucoup à Fétide dans la Famille Adams 🙂 ) j’ai la chance d’être mis entre les mains d’un professeur particulier, qui m’ouvre les yeux à tout ce bouillonnement autour des musiques électroniques (c’est là que je vois, entends et joue pour la première fois avec une TB-303, qui va devenir incontournable dans la musique techno).
Anecdotes: j’ai joué de la guimbarde et j’ai aimé ça et j’ai failli avoir une cornemuse (présentée comme une motivation par ma maman si j’avais de meilleures notes en orthographe, et je suis rentré à la maison avec un 0 et bye bye la cornemuse. Tant mieux pour les oreilles de mes parents!)
Finalement, je m’équipe avec plein de matériel, mais toujours avec cette passion de ‘ne pas suivre aveuglément’ :
Au lieu d’une TB 303, j’ai un synthé MultiVox MX2000. Au lieu d’un échantillonneur Akai, j’achète un Kurzweil K2500 RS. Au lieu d’un séquenceur logiciel Cubase, j’opte pour CakeWalk. Non pas par souci de contradiction, mais parce que le tout venant ou les produits élitistes ne sont pas forcément gages de plaisir d’utilisation. J’y vois plutôt une paresse intellectuelle de « suiveurs » …comme si avoir LA marque à la mode à ce moment là était la parade nécessaire à un éventuel manque d’inspiration. Bref.
Et me voilà donc dans mon studio début 2000:

Beaucoup de matériel, énormément de câbles, beaucoup d’argent… Sauf qu’il y a toujours certains sons, certaines fonctionnalités, qui me manquent… et s’équiper avec tout ce qui peut sortir comme matériel ne serait pas raisonnable.
D’autant que, au même moment, les ingénieurs berlinois de chez Ableton sont en train de coder l’application ultime qui va me permettre deux choses primordiales:
- réduire la quantité de matériel de musique que je possède (parfois je déménage, et alors…)
- accéder à des bibliothèques de sons et d’instrument virtuels fabuleusement réalistes et illimités…
Et c’est ainsi que je passe du combo CakeWalk + Kurzweil à Ableton Live.
Malgré tout, j’ai composé des titres intéressants avec cet équipement, par exemple, le titre Les Plaines a été composé et enregistré avec CakeWalk et l’échantillonneur Kurzweil, mais le rendu sonore n’est pas aussi parfait que je le souhaite:
Bref, je réduis la voilure du nombre d’instruments que je possède, et en 2005 j’investis dans une licence Ableton, et me voilà à suivre les versions au fur et à mesure de leurs sorties par l’éditeur Allemand…
Cela va marquer une accélération radicale dans ma façon de produire et enregistrer mes compositions.
Parfois je fais un peu le foufou, limite otaku, avec des setups minimalistes comme ici. Un petit IBM portable, un petit clavier de contrôle dédié et une petite enceinte pour avoir un bon son…. et tout ça entre dans un sac à dos, et c’est parti pour des représentations nomades si je le souhaite… ou alors m’installer tranquillement dans la Nature pour composer….

Je conserve cependant une sorte de « sanctuaire » où j’ai un très grand écran (plus facile pour l’édition fine) et un grand clavier lorsque je compose des titres plus symphoniques ou tout simplement au piano.
Mes sources d’inspirations:
Tout comme ma production se décline sous deux faces complémentaires (Phoebus pour l’Ambiant, NoSushi pour l’Electro), j’ai bercé ma jeunesse et les années suivantes aux sons de groupes tels que Dead Can Dance (qui, très tôt, ont utilisé des échantillonneurs afin de reproduire les sonorités orchestrales), Art Of Noise (encore du Fairlight) mais aussi New Order ou Depeche Mode…. Puis la découverte de la musique de Ryūichi Sakamoto, et spécialement ses collaborations avec Alva Noto a réellement été un choc artistique (album Vrioon)
Tout naturellement, il y a un certain parallèle avec des albums que j’ai composé comme Ether22.
Et d’ailleurs, pour en revenir à l’un des fameux son du Fairlight CMI, vous le retrouverez dans le titre Eyes que j’ai publié récemment.
Mes choix politiques en rapport avec l’industrie musicale:
Ce n’est pas le tout de ‘faire de la musique’ dans son coin, il faut qu’elle soit partagée. Au même moment où je montais le gros studio avec tout le matériel, j’ai commencé à chercher comment, avec une production non calibrée pour les radios, je rencontrerais mon ‘public’.
C’était le milieu des années 90 et Internet balbutiait. Mais j’avais senti que cette technologie émergente serait un canal à privilégier…S’il y a 5 personnes autour de moi qui aiment les musiques de relaxation, il y en a certainement beaucoup plus dans…le monde entier !
Je tourne donc volontairement le dos aux réseaux de distribution en place (labels, maisons de disques, radios…) pour commencer à diffuser en ligne mes titres. Alors là, je dois admettre que j’ai dû patienter un tout petit peu car le format mp3 venait tout juste d’être dévoilé et son utilisation était, pendant un temps, confidentielle. Mais qu’à cela ne tienne, je persiste et plutôt que de perdre de l’énergie avec l’industrie musicale, je me lance dans la distribution de mes compositions, et celle d’autres artistes, sur Internet, exclusivement.
En parallèle, j’ai étudié la meilleur façon de diffuser légalement mes compositions, tout en gardant un minimum de contrôle sur son utilisation.
Et c’est à ce moment que j’ai opté pour les licences Creative Commons. En ne déposant PAS mes productions à la SACEM (qui est une entreprise privée se faisant de l’argent sur le dos des créateurs et des amateurs de musique) et en enregistrant toutes mes compositions sous Creative Commons. Ainsi, je suis libre de diffuser autant de titres que je le souhaite, sans rien devoir à personne, ce faisant, mes œuvres sont protégées de manière simple et légale.
Je participe également, depuis des années, à des créations collaboratives avec des artistes du monde entier via la plateforme CCMixter.
Voilà, vous avez fait un petit tour dans les coulisses de forcemajeure.
Pendant un moment je laisse les commentaires ouverts sous ce billet, car j’aimerais profiter de votre avis concernant cette épopée…un jour je vous raconterai pourquoi ForceMajeure s’appelle ainsi, et quels sont les autres projets auxquels j’ai collaboré.

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